Alex Pereira : son parcours remarquable du ring de kickboxing aux straps de l’UFC
São Paulo, 2017. Dans les coulisses de l’Arena Berlin, un homme de 1,93 m vérifie une dernière fois ses protège-tibias. Alex Pereira, alors inconnu du grand public, s’apprête à entrer dans la cage la plus redoutée du kickboxing mondial. Quelques minutes plus tard, il Alex Pereira n’imaginait probablement pas que ce soir-là allait sceller son destin : devenir l’un des doubles champions les plus respectés de l’histoire des sports de combat.
Des origines modestes aux premiers titres au Brésil
Avant de fouler les tatamis les plus prestigieux, Pereira a dû construire sa réputation dans son pays natal. Né à São Paulo, il a découvert les sports de combat enfant, d’abord par nécessité – pour se défendre dans les rues du quartier de Taboão da Serra – puis par passion. Le muay-thaï l’a immédiatement fasciné, et il y a consacré des milliers d’heures d’entraînement. Mais la discipline ne s’est pas arrêtée là. Parallèlement, il a pratiqué le savate, affinant ainsi une palette technique déjà impressionnante. Cette double formation, rare chez les combattants brésiliens, lui a offert une mobilité des jambes et une garde que peu de ses futurs adversaires possédaient. À 22 ans, il devenait champion du Brésil de muay-thaï, premier indice d’un palmarès qui allait s’étoffer rapidement. Les observateurs de la scène sud-américaine commençaient à murmurer son nom. WGP Kickboxing, une des principales ligues brésiliennes, lui a ouvert ses portes. Là-bas, face à des adversaires physiquement imposants, Pereira a appris une leçon cruciale : dans les sports de combat, la technique compense toujours le manque d’expérience.
GLORY : le tremplin vers la reconnaissance mondiale
Lorsque GLORY lui a tendu la main en 2017, Pereira a sauté sur l’occasion. Cette ligue néerlandaise, fondée en 2012, s’était rapidement imposée comme la référence mondiale du kickboxing rules. Elle regroupait les meilleurs PPK (poids moyens) de la planète, dans des événements diffusés dans plus de 150 pays. Entrer dans ce cercle, c’était reconnaître que Pereira appartenait à l’élite mondiale. Son premier combat chez GLORY, face à un ancien champion, s’est soldé par une victoire par KO au troisième round. Le message était clair : ce Brésilien à la frappe chirurgicale ne venait pas pour participer. Deux ans plus tard, en novembre 2019, Pereira affrontait Simon Marcus, l’un des kickboxeurs les plus complets de sa génération. Le combat a duré cinq rounds d’une intensité thérapeutique. Au final, Pereira l’emportait aux points et devenait champion du monde GLORY des poids moyens.
Le réflexe de pro
Lors de son intégration chez GLORY, Pereira a gardé un détail qui a fait la différence : il a continué à s’entraîner spécifiquement en savate, une discipline souvent négligée par les combattants axés sur la puissance pure. Cette approche, contrairement à d’autres traditions du muay-thaï, lui a offert un arsenal de low kicks dévastateurs et des esquives en garde basse qui ont désorienté plus d’un adversaire.
Un règne inoubliable et des performances mémorables
La période 2019-2022 constitue l’apogée de Pereira dans les rings. Trois défenses de titre, trois victoires impressionnantes. Contre Yousry Murad, il a déroulé un jeu de jambes fluide qui lui a permis d’éviter les frappes dangereuses tout en contrant avec une précision chirurgicale. Face à un kickboxeur connu pour sa résistance, il a attendu le quatrième round pour porter l’estocade décisive. Son palmarès GLORY parle de lui-même : 5 victoires, 2 titres conquis, 0 défaite dans la ligue. Ce bilan parfait a naturellement attiré l’attention des recruteurs de l’UFC, la plus grande organisation mondiale de MMA. Mais Pereira ne s’est pas arrêté là. Il a également laissé sa marque chez Super-Kombat, une ligue européenne respectée, où il a affronté des légendes du kickboxing roumain. Chaque combat ajoutait une corde à son arc, chaque victoire consolidait sa réputation de compétiteur complet.
- Champion du monde GLORY des poids moyens (2019)
- 5 combats disputés chez GLORY : 5 victoires
- 3 défenses réussies de son titre
- Champion WGP Kickboxing et multiple champion du Brésil de muay-thaï
Du kickboxing vers le MMA : une transition stratégique
Pourquoi Pereira a-t-il quitté le kickboxing pour le MMA ? La réponse réside dans l’attrait financier et médiatique de l’UFC. Les combattants de MMA gagnent en moyenne trois à cinq fois plus que les kickboxeurs de haut niveau. De plus, l’UFC offre une exposition médiatique incomparable. Pereira a négocié son passage avec intelligence. Plutôt que d’arrêter brutalement le kickboxing, il a maintenu une activité minimale chez GLORY tout en préparant sa transition. Cette approche lui a permis de conserver son titre tout en construisant son dossier MMA. Les directeurs sportifs de l’UFC ont vu en lui un athlète avec un pedigree exceptionnel et un potentiel marketing important. Son premier combat UFC, en novembre 2022, s’est soldé par une victoire express. Depuis, « Poatan » – son surnom – est devenu l’un des visages de l’organisation.
Le piège à éviter
Beaucoup de kickboxeurs ont échoué dans leur transition vers le MMA en abandonnant trop vite leur sport d’origine. Pereira, lui, a compris que le kickboxing restait son identité. Contrairement à d’autres combattants qui se sont dilués dans les multiples dimensions du MMA, il a gardé son arsenal de striker comme base de son jeu. Cette cohérence technique a fait de lui un adversaire unique dans l’octogone.
L’héritage de Pereira dans l’histoire du kickboxing
Quel rôle Pereira joue-t-il dans l’histoire du kickboxing ? D’abord, il a démontré que la voie brésilienne vers la gloire du kickboxing était viable. Longtemps, les États-Unis et les Pays-Bas ont dominé ce sport. Pereira a brisé ce schéma en imposant un style typique de son pays : puissant, technique et surtout, adaptable. Son passage chez GLORY a aussi mis en lumière la qualité de la formation muay-thaï brésilienne. Les scouts européens ont commencé à regarder vers l’Amérique du Sud avec plus d’attention. Par ailleurs, sa réussite au MMA a créé un précédent : un champion GLORY pouvait réussir dans la cage sans sacrifier son identité de kickboxeur. Cette démonstration a encouragé d’autres combattants à poursuivre des carrières doubles.
Au-delà des chiffres, Pereira incarne une philosophie : l’excellence technique ne suffit pas, il faut aussi savoir se vendre. Sa communication sur les réseaux sociaux, son charisme face aux caméras, sa capacité à créer des rivalités médiatiques : tout cela fait partie de son succès. Le kickboxing lui a appris à frapper, mais c’est sa personnalité qui a fait de lui une star.
Votre plan d’action pour suivre les traces de Pereira
- Commencez par une discipline de base : comme Pereira, choisissez une art martiale (muay-thaï, kickboxing ou savate) et maîtrisez-la avant d’élargir votre spectre.
- Documentez votre progression : filmer vos combats et vos entraînements vous permettra d’analyser vos points faibles et de construire un dossier visuel pour les ligues.
- Renseignez-vous sur les ligues qui correspondent à votre niveau : GLORY recherche des combattants établis, mais des organisations comme WGP ou Super-Kombat offrent des opportunités aux combattants en développement.
- Préparez votre transition avec stratégie : si vous visez le MMA, maintenez une activité dans votre discipline d’origine et construisez progressivement vos compétences au sol.
