Le GOAT de la Muay Thai enfin identifié ? La réponse qui va vous surprendre
Une foule silencieuse retient son souffle dans le stade Lumpinee de Bangkok. Sur le ring, Samart Payakaroon esquive un coup de poing, pivote avec une fluidité déconcertante et envoie un kick circulaire qui s’écrase sur le flanc de son adversaire. Le KO est technique. Le public explose. Nous sommes en 1986, et ce jeune Thai de 20 ans vient de redéfinir ce qu’on croyait possible dans l’art des huit membres.
Quarante ans plus tard, la question taraude toujours les puristes et les néophytes : qui parmi ces légendes mérite vraiment le titre de GOAT, ce « Greatest Of All Time » qui sacre l’élu parmi tous ?
Ce qui fait un GOAT en Muay Thai : au-delà des statistiques
Avant de prononcer un verdict, encore faut-il comprendre les règles de ce débat. Le GOAT ne se résume pas à un tableau de chasse ou à un nombre de ceintures. En Muay Thai, plusieurs critères se combinent pour faire la différence.
Le palmarès compte, bien sûr. Les titres au Lumpinee et au Rajadamnern, les deux temples sacrés du genre, constituent la monnaie d’échange ultime. Ajoutez à cela l’influence : un champion qui vulgarise la discipline à l’international pèse différemment qu’un combattant cantonné aux stades de Bangkok. La technique pure, enfin, reste le cœur du métier. Maîtriser les huit armes — poings, coudes, genoux, tibias — avec élégance et efficacité distingue des simples bagarreurs.
Le piège à éviter : Ne jugez pas un combattant uniquement sur ses titres. Dieselnoi Chor Thanasukarn affiche un record immaculé au Lumpinee, mais ses combats se sont presque tous déroulés en Thaïlande. Saenchai, lui, a affronté le monde entier pendant trois décennies. Deux légitimités, deux définitions de la grandeur.
La longévité joue également. Tenir physiquement et mentalement pendant quinze ou vingt ans au plus haut niveau demande une discipline que peu maîtrisent. Enfin, la qualité des adversaires terrassés révèle souvent plus que le nombre brut de victoires.
Les cinq prétendants qui ont marqué l’histoire
Quand on creuse la question, cinq noms émergent systématiquement. Chacun incarne une facette différente de l’excellence.
Samart Payakaroon, le chirurgien du ring
Samart Payakaroon représente ce que le Muay Thai produit de plus raffiné. Dans les années 1980, ce natif de Khon Kaen enchaîne les performances mémorables au Lumpinee, où il accumule quatre ceintures dans différentes catégories de poids. Mais c’est sa vers la boxe professionnelle qui scelle sa réputation internationale. En 1986, il devient champion du monde WBC des poids mi-mouches, puis des plumes deux ans plus tard. Peu de nak muay peuvent se targuer d’une telle domination croisée.
Son jeu de jambes, considéré comme le plus élégant de sa génération, lui permettait de contrôler le tempo des combats sans jamais sembler pressé. Les feintes de bras, les kicks circulaires et les uppercuts formaient un arsenal complet que ses adversaires peinaient à déchiffrer.
Dieselnoi Chor Thanasukarn, l’invincible
Dieselnoi incarne une philosophie opposée : la force brute au service d’une domination sans partage. Entre 1981 et 1986, il collectionne plus de 100 combats au Lumpinee sans connaître la défaite. Son jeu de genoux et ses frappes déchirent les défenses adverses avec une efficacité redoutable.
Son record reste inégalé à ce jour. Aucun combattant n’a réussi une telle série d’invincibilité dans l’ère moderne du Muay Thai. Son clinch, considéré comme le plus puissant jamais vu, lui permettait de dicter le rythme des échanges et d’épuiser physiquement ses rivaux les plus endurants.
Saenchai, le showman
Si un seul combattant symbolise le Muay Thai contemporain, c’est bien Saenchai. Depuis ses débuts au siècle dernier, il a traversé les générations avec une constance ahurissante. À plus de 40 ans, il enchaîne encore les combats contre des adversaires deux fois plus jeunes, démontrant une forme physique et une intelligence tactique intactes.
Son style spectaculaire, fait de feintes acrobatiques et de coups inattendus, attire les foules. Les vidéos de ses combats cartonnent sur les réseaux sociaux, cumulant des centaines de millions de vues. Saenchai a transcendé le statut d’athlète pour devenir un ambassadeur culturel de la Thaïlande à travers le monde.
Buakaw Banchamek, le globe-trotter
Buakaw a accompli ce que peu de nak muay ont réussi : s’imposer face aux meilleurs kickboxeurs mondiaux. Double vainqueur du K-1 World MAX en 2004 et 2006, il a terrassé des légendes du poings ronds devant des millions de spectateurs internationaux.
Ses coups de pied bas dévastateurs et son endurance cardiovasculaire exceptionnelle ont fait de lui un athlète complet, capable de maintenir une intensité thérapeutique pendant trois rounds complets. Son palmarès à l’étranger a contribué à populariser le Muay Thai bien au-delà des frontières thaïlandaises.
Namsaknoi Yudhagstorn, le roi des genoux
Namsaknoi complète ce panthéon avec une spécialité qui lui est propre : les genoux ascendants. Au Lumpinee pendant la seconde moitié des années 1990, il a imposé un style basé sur le combat rapproché et le contrôle de la distance qui a influencé toute une génération de combattants.
Samart, Dieselnoi ou Saenchai : notre verdict
Après analyse de ces différentes carrières, un nom se dégage avec une clarté surprenante : Samart Payakaroon.
Pourquoi lui ? Parce qu’il est le seul à avoir simultanément dominé le Muay Thai dans son pays d’origine et conquis les rings internationaux de boxe. Cette double légitimité lui confère une autorité que les autres légendes ne possèdent pas entièrement. Dieselnoi n’a jamais quitté la Thaïlande. Saenchai a accumulé des victoires parfois contre des adversaires inférieurs à son niveau. Buakaw a bâti sa réputation en kickboxing, pas en Muay Thai pur.
Samart, lui, a tout gagné partout. Et surtout, il l’a fait avec une classe qui force le respect. Ses combats au Lumpinee restent étudiés dans les camps du monde entier comme des modèles de technique pure. Quand les anciens racontent les plus beaux moments du Muay Thai, son nom revient toujours.
Le réflexe de pro : Les entraîneurs thaïlandais contemporains continuent de montrer les archives de Samart à leurs combattants comme référence absolue. Son jeu de jambes, appelé « mouvement de hanche », reste la base de l’enseignement technique dans les meilleurs camps de Chiang Mai et Bangkok.
Cela dit, le débat reste ouvert. Certains puristes préfèreront toujours l’invincibilité brute de Dieselnoi. D’autres adoreront la longévité spectaculaire de Saenchai. L’essentiel réside peut-être dans cette richesse : cinq légendes, cinq définitions de la grandeur, et un sport qui continue de générer des candidats au titre à chaque nouvelle génération.
Votre plan d’action pour approfondir le sujet
Vous voulez prolonger cette exploration ? Voici comment poursuivre.
- Regardez les archives disponibles : YouTube et les plateformes de streaming regorgent de combats complets de ces légendes. Commencez par les prestations de Samart au Lumpinee dans les années 1980 pour comprendre ce qu’on entend par « technique parfaite ».
- Explorez les différences entre arts martiaux : La distinction entre Muay Thai et kickboxing éclaire les choix de carrière de Buakaw et les débats sur la pureté du style thaï.
- Plongez dans l’histoire : Pour saisir pleinement ces carrières exceptionnelles, remontez aux origines du Muay Thai et comprenez comment ces traditions ont forgé des champions d’une trempe unique.
- Comparez avec la compétition internationale : Si le MMA et la boxeo vous intéressent, découvrez comment les boxeurs thaï se situent face aux athlètes des Jeux Olympiques 2024 en kickboxing.
