Taekwondo : aux origines d’un art martial qui a conquis le monde
En 1955, dans une Corée fraîchement libérée de l’occupation japonaise, un homme en uniforme militaire se tient devant un groupe de maîtres d’arts martiaux. Il s’appelle Choi Hong-hi et vient de proposer un nom pour unifier les dizaines d’écoles qui pullulent dans le pays : Taekwondo. Quelques décennies plus tard, cet art martial figure au programme olympique et compte des millions de pratiquants sur tous les continents. Mais qui a réellement fondé le taekwondo ? La réponse est plus complexe — et plus fascinante — qu’une simple date sur un calendrier.
Des millénaires de combat sur la péninsule coréenne
Pour saisir les origines du taekwondo, il faut remonter bien avant 1955. Dès le Ve siècle avant notre ère, les fresques des tombes de Goguryeo — l’un des Trois Royaumes de Corée — représentent des scènes de combat avec des techniques de coups de pied spectaculaires. Ces images constituent les premières preuves d’une tradition martiale spécifiquement coréenne.
L’art qui survivra à travers les siècles s’appelle le taekkyeon. Ce n’est pas une simple méthode de combat : c’est une philosophie incarnée dans le mouvement. Les praticiens travaillent la fluidité des déplacements, les esquives circulaires et, surtout, des coups de pied qui semblent défier les lois de l’équilibre. À la même période, le subak — souvent considéré comme l’ancêtre coréen du karaté — se développe dans le sud de la péninsule.
En 1910, l’empire japonais annexe la Corée. Les arts martiaux locaux sont interdits, leurs maîtres contraints de s’exiler ou de transmettre leur savoir en secret. Le taekkyeon risque de disparaître à jamais. Cette période de clandestinité rappelle étrangement ce qu’a connu la Muay Thai en Thaïlande, où les arts de combat ont dû survivre malgré les pressions extérieures.
L’explosion créative de l’après-guerre
Août 1945. Les Japonais capitulent, la Corée est libérée. Dans chaque ville du pays, des maîtres d’arts martiaux ressortent de l’ombre. Le problème ? Chacun enseigne selon sa propre méthode, son propre vocabulaire, sa propre vision. Certaines écoles privilégient la puissance du karaté importé par les Coréens ayant étudié au Japon. D’autres s’efforcent de retrouver la tradition perdue du taekkyeon.
Cette période donne naissance à une multitude d’écoles, appelées kwans. Parmi les plus influentes :
- Le Chung Do Kwan, fondé par Lee Won-kuk, qui axe son enseignement sur le karaté modifié
- Le Moo Duk Kwan, créé par Hwang Kee, qui tente de fusionner taekkyeon et subak
- Le Ji Do Kwan, influencé par les méthodes militaires japonaises
- Le Song Moo Kwan, qui garde une forte empreinte du karaté Shotokan
Cinq années de coexistence chaotique s’écoulent. Chaque maître revendique d’enseigner le vrai art coréen. La confusion est telle qu’unification devient nécessité.
Le 11 avril 1955 : la naissance officielle
Cette date marque un tournant. Un comité composé de neuf maîtres des principales kwans se réunit pour choisir un nom commun à toutes ces écoles. Le général Choi Hong-hi, figure charismatique et colonel de l’armée sud-coréenne, propose le terme de Taekwondo — contraction de Tae (pied, jambe), Kwon (poing, main) et Do (voie, philosophie).
Derrière ce nom se cache une ambition : créer non pas un simple sport de combat, mais une discipline complète où la technique sert la croissance personnelle. Le taekwondo ne se contente pas d’enseigner à frapper — il forme le caractère.
Les institutions suivent rapidement cette reconnaissance. En 1961 naît la Fédération coréenne de taekwondo. Sept ans plus tard, la Fédération mondiale de taekwondo (World Taekwondo, WT) s’établit pour encadrer la pratique à l’échelle internationale. En 2000, le taekwondo intègre enfin le programme olympique, lors des Jeux de Sydney.
Choi Hong-hi : père, figure controversée, légende
Impossible de parler de la fondation du taekwondo sans évoquer Choi Hong-hi. Ancien combattant de l’armée impériale japonaise reconverti dans l’enseignement martial après la libération, ce personnage haut en couleur développe un style personnel : les coups de pied montés, les rotations de hanches, les techniques de poing puissantes.
En 1966, il fonde sa propre organisation : la Fédération internationale de Taekwon-Do (ITF). Contrairement à la WT, plus orientée compétition sportive, l’ITF préserve une approche plus traditionnelle du combat. Cette scission entre deux fédérations perdure encore aujourd’hui, créant deux familles au sein du taekwondo mondial.
À retenir
Si le nom taekwondo doit beaucoup à Choi Hong-hi, le crédit de la création revient à l’ensemble des maîtres qui ont accepté de collaborer en 1955. Nul ne peut s’attribuer seul la paternité de cet héritage collectif. C’est précisément cette dimension collaborative qui rend l’histoire du taekwondo unique parmi les arts martiaux.
Une discipline vivante qui continue d’évoluer
Depuis ses origines, le taekwondo n’a jamais cessé de se transformer. Dans les années 1970, l’introduction des combats (poomsae, formes codifiées) comme discipline compétitive diversifie la pratique. Les années 1990 voient l’apparition de règles limitant les contacts pour permettre une entrée aux Jeux Olympiques. Le taekwondo devient alors un sport de kicks spectaculaires, où la précision compte autant que la puissance.
Aujourd’hui, plus de 80 millions de personnes pratiquent le taekwondo dans le monde, réparties dans 212 nations membres de la World Taekwondo. Cette expansion internationale témoigne de la capacité de cet art à s’adapter aux attentes locales tout en conservant son identité coréenne.
Cette évolution constante n’est pas sans rappeler ce qu’a connu le kickboxing au fil des décennies, discipline qui a elle aussi dû négocier entre tradition martiale et exigences du spectacle sportif. Comme pour le monde de la compétition de combat, la question de l’authenticité face à la popularisation reste un débat vif au sein des communautés.
Votre plan d’action pour découvrir le taekwondo
- Identifier vos objectifs — Vous cherchez un sport de compétition, une méthode de self-défense efficace, ou une philosophie de vie ? Le taekwondo répond à ces trois aspirations, mais selon des proportions différentes selon les écoles.
- Tester plusieurs clubs — Les différences entre fédérations WT et ITF sont significatives. Assistez à des cours dans plusieurs structures avant de vous engager. Les cours de démonstration sont généralement gratuits.
- Vérifier les certifications des instructeurs — Un moniteur qualifié doit pouvoir présenter ses diplômes et son parcours. La confiance se construit sur la transparence.
- Commencer progressivement — La flexibilité et la coordination nécessaires au taekwondo demandent du temps. Ne vous découragez pas si vos premiers coups de pied manquent de hauteur.
